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Arcade ! Jeux vidéo ou Pop-Art ? (Nicolas ROSETTE – 2010)

15/04/2011

Arcade ! est une exposition itinérante de jeux vidéo à l’ambiance calfeutrée.
Ici, le jeu est présenté telle une œuvre dans un musée. Une borne de contrôle simple et minimaliste, placée à bonne distance d’une grande toile servant d’écran, est le lien entre l’utilisateur et le jeu. Malgré des supports différents (X360/PC), le périphérique de contrôle est donc banalisé, presque effacé dans cette espace plongé dans le noir. Il en résulte une mise en avant de ces conceptions visuelles et sonores inédite où le terme d’œuvre vidéoludique prend tout son sens.

Mais la démarche ne s’arrête pas là. La thématique choisie est le pop art. Il en découle une sélection de six jeux, sortis ces dix dernières années, dans lesquels la musique tient une place importante.

Voici les jeux présentés :
Audiosurf – Dylan Fitterer, Invisible Handlebar – 2008
Geometry Wars: Retro Evolved 2 – Stephen Cakebread, Bizarre Creations/Activision – 2008
OSMOS – Dave Burke & Eddy Boxerman, Hemisphere Games – 2009
REZ – Tetsuya Mizuguchi, UGA/SEGA – 2001
Space Giraffe – Jeff Minter & Ivan Zorzin, Llama Soft – 2007
Super Laser Racer – Simon Read, New Star Games – 2010

En décembre dernier, ma visite de l’exposition a suscité une pléthore de questions que je me devais de poser au commissaire de l’exposition Nicolas Rosette.

Tout d’abord bonjour Nicolas. Pour commencer, peux-tu te présenter aux lecteurs de Bâton de Joie ?
Je travaille au Théâtre de l’Agora, ou je suis en charge de la programmation des expositions et d’une partie des spectacles. Je suis aussi directeur artistique du festival « SIANA, l’imaginaire des technologies ». Avant ça j’ai fait divers métiers en lien avec les médias, la création artistique et les technologies : animateur radio, game designer, organisateur de rencontres pro…

Quel est ton jeu vidéo préféré ?
Il y a trop de jeux que j’adore pour pouvoir en préférer un seul et unique. Pour n’en citer que quelques-uns qui m’ont particulièrement marqués, j’évoquerais Rez, Civilization (notamment le 1er et le 4°), WipeOut, Dungeon Master, Lemmings ou Star Control II (ça me rajeunis pas, tiens), FFVII, Tekken, Okami, Ico, Fallout (les 2 premiers), Kings Bounty… Impossible de n’en citer qu’un, il y a trop de bons jeux, trop de genres passionnants. Je crois que j’aime le jeu vidéo tout simplement.

Quel acteur du monde vidéo-ludique t’as le plus marqué et pourquoi ?
S’il s’agit de regarder les choses sur une grande échelle, je crois que l’acteur le plus marquant du monde vidéo-ludique est Nintendo. Je crois que cette compagnie a supplanté Disney dans l’imaginaire des enfants et des parents et que, ce faisant, elle a fait basculer certains curseurs de la culture globalisée vers le Japon. Je trouve par ailleurs le parcours de Nintendo assez exemplaire, se positionnant comme leader dans un environnement économique international (avec tout ce que ça implique de dureté en terme de business) tout en restant dans l’innovation et la qualité des productions – développant peut-être même une éthique des contenus.

Si je regarde plus du côté des acteurs qui m’ont marqué sur un plan artistique ou affectif, je pense plutôt à des personnes comme Tetsuya Mitzuguchi, Suda51 ou Sid Meyer (dont je suis toujours impressionné par le travail encyclopédique et le positionnement politique humaniste qu’il essaye d’inscrire dans la gamme design de chaque Civ) ou sur la partie plus industrielle à des acteurs défunts comme l’aventure Amiga de Commodore ou la saga de Sega et sa « trop en avance » Dreamcast.

Rentrons maintenant dans le vif, qu’est ce qui t’as poussé à créer « Arcade ! » ?
Plusieurs choses en fait. La première est la claque j’ai prise lorsque j’ai joué pour la première fois à Rez sur un vidéoprojecteur envoyant une image qui prenait tout le mur. C’était en 2005, ça faisait pourtant deux ans que je connaissais Rez et que j’y jouais (très) régulièrement mais il m’a semblait que j’y jouais pour la première fois. Je me suis dit « c’est comme ça qu’il faut jouer à ce jeu, on est à échelle 1 ! ». La première chose est donc que je voulais présenter au publics des jeux « à l’échelle 1 », c’est à dire à l’échelle ou on peut les « recevoir » correctement.

Ensuite il a ces questions récurrentes autour de l’art et du jeu vidéo. Comme c’est une question mal posée (qui sait ce qu’est l’art au 21° siècle ?) toutes les tentatives de réponses sont généralement stériles. J’avais donc envie de contribuer de manière constructive au débat en posant autrement la question, et en passant à l’acte : conception d’un dispositif de réception des « œuvres », prise en compte de l’histoire de la discipline et des pratiques des publics, sélection des « œuvres » de la même manière qu’un commissaire artistique…

Comment s’est opéré le choix des jeux, quels étaient les critères de sélection ?
Il y en a eu trois grands :
– choisir des jeux d’arcade (du genre arcade, puisque les jeux de l’expo ont moins de 10 ans et que je ne voulais surtout pas de rétrogaming). Pour présenter des jeux dans une galerie ou des gens vont passer 30 secondes ou 3 heures, il n’y a (presque) que le genre arcade qui peut être pertinent. Par exemple, Shadow of the Colossus est un jeu qui, à plus d’un titre, peut être considéré comme une œuvre d’art mais le présenter en galerie serait une erreur car le joueur n’aurait pas l’environnement adéquat pour « recevoir » l’œuvre et le badaud confondrait une fois de plus le jeu vidéo à ses graphismes (ou à du cinéma pixélisé).
– Une cohérence esthétique graphique abstraite – avec un coté très acidulé et psychédélique – mais aussi un fond noir évoquant les jeux de la fin des 70’s début 80’s, lorsque c’était une contrainte technique et pas un choix artistique.
– une pertinence de chaque gameplay et un contraste entre eux.

Comme tu l’as dit, les jeux présentés sont tous parus dans les années 2000. Peux-tu nous expliquer plus en détail la raison de ce choix ?
Ma volonté était d’éviter à tout prix le retrogaming tout en évoquant le patrimoine du jeu vidéo.
Le Théâtre de l’Agora est une « scène nationale ». C’est un label du ministère de la Culture qui définit nos missions. L’une d’entre elle est de « promouvoir la création artistique contemporaine, dans ses formes émergentes mais aussi dans l’interprétation contemporaine des classiques ». C’est vraiment dans cet axe là que j’ai fait la sélection. Si chaque jeu amène son lot de créativité – voire de poésie – et d’innovation, il s’inscrit aussi dans un patrimoine référencé : comment ne pas penser à Panzer Dragoon avec Rez, ou remonter au moins jusqu’à Robotron pour Geometry Wars ?

Parmi la sélection, on trouve REZ et Geometry Wars qui sont des succès avérés, malgré des orientations diamétralement opposées : une expérience visuelle et sonore d’un côté, un shooter hommage rétro de l’autre. Leurs concepteurs ont-ils connaissance de « Arcade ! », et si oui quelle a été leur réaction sur l’évènement ?

C’est surtout leur éditeurs qui ont eu connaissance de l’événement, notamment pour les droits. J’ai essayé de contacter directement tous les auteurs des jeux pour que Mossye (mon bras droit sur cette exposition) puisse les interviewer. Seul Mizuguchi et Cakebread n’ont jamais répondu :-/
Les interviews des autres créateurs sont sur le site de l’exposition Arcade ! . J’apprécie particulièrement celle d’Eddy Boxerman qui m’a confirmé que Osmos pourrait – à mon sens – être considéré comme une œuvre d’art.

Vous avez fait appel à la société Kobaye pour concevoir les bornes d’arcade. Peux-tu nous parler de la collaboration ?
J’ai contacté plusieurs studios de design pour leur présenter le projet. J’ai profité d’un passage à Montpellier pour rencontrer l’équipe de Kobaye. Je les avais remarqués pour le coté brut et minimaliste de leurs productions. Durant cette rencontre l’un d’entre-eux s’est exclamé « en fait ce que tu veux, c’est gros ampli Marschal à lampe, mais en borne d’Arcade ! ». Là j’ai senti qu’ils avaient saisi mon intention. On a ensuite commencé à travailler par mail et Skype et un design a très vite été retenu. Durant le mois de juillet 2010, j’ai fait les aller-retour entre Montpellier et le festival d’Avignon pour suivre la production du prototype. Le design était le bon depuis le début mais le plus compliqué a été de trouver un système de ventilation qui évite la surchauffe. Le résultat est esthétiquement super, je suis très content de Kobaye sur ce point. Il nous reste encore à optimiser des choses sur le refroidissement mais je suis assez fier car nous n’avons pas de « Red Ring of Death » (ou son équivalent) à gérer. Heureusement, car nous n’avions pas le budget de Microsoft pour régler ce genre de problème.

Qu’en est-il de la réception du public ?
C’est assez varié mais globalement enthousiaste, surtout auprès des gamers et des enfants. Le plus intéressant reste les parents qui amènent leur enfant en expliquant qu’ils ne jouent pas au JV et qui dès qu’on discute avec eux ils se révèlent être d’anciens gamers « repentis ».

Enfin dernière question, les gamers de France peuvent-ils espérer voir arriver « Arcade ! » dans leur région?
L’exposition est actuellement à Damas. Elle est présentée dans le cadre d’un festival d’animation franco-syrien. Elle revient en France en juin. Les gamers devraient la retrouver dans le sud de la France durant l’été, dans le nord à partir de la rentrée et à Nantes en novembre 2011. En 2012 elle devrait partir pour La Réunion avant de voyager en Europe.

Nicolas, merci pour cette interview et à très bientôt pour une visite provinciale à Arcade !

Infos pratiques

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2 Comments

  1. grandlap dit :

    hey Nico! t’as oublié de préciser qu’elle est passée à Valence avant Damas quand même! 😀

  2. Nicolas R dit :

    C’est vrai ! Maxima Culpa !
    En fait comme j’ai répondu aux questions de Baton de Joie durant le montage à Damas, j’étais un peu la tête dans le guidon.
    L’exposition était du 18 janvier au 5 mars au Lux, scène nationale de Valence (qui est d’ailleurs co-producteur) : http://www.lux-valence.com/

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