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Castlevania – Lords of Shadow (PS3/X360)

27/12/2010


Le saigneur des anneaux

Lords of Shadow nous renvoie aux origines de la série, c’est à dire bien old-school, que ce soit dans son scénario comme dans son gameplay action-aventure où des niveaux agrémentés de nombreux boss s’enchaînent et ne se ressemblent pas. On saupoudre de QTE, musiques épiques, décors immenses et on obtient un juste milieu entre tradition et modernité. Voilà le décor est planté.

Attardons nous maintenant sur l’histoire. Le joueur incarne le (nouveau) premier Belmont, Gabriel, dont la femme est décédée dans des conditions qui restent floues. Notre valeureux guerrier, ayant eu vent d’un artefact permettant de ressusciter les morts, rejoint donc un ordre religieux se battant contre les forces du mal. Une seule mission lui sera assignée : combattre les seigneurs des ténèbres. Ainsi il pourra rassembler les morceaux du Masque de Lumière et ramener Marie à la vie.
Pour partager la peine et la souffrance de notre héros, Mercury Stream a eu la bonne idée mêler scènes animés et textes romancés lus par un narrateur mystérieux. Cette habile manoeuvre permet de donner un cachet plus littéraire, plus authentique à l’aventure qui nous est contée.

Concernant le gameplay, on a ici affaire à un beat them all à la God of War proposant de nombreux combo. Les combats de boss s’inspirent parfois de Shadow of the Colossus. Le tout mixé avec des phases de plateformes linéaires mais qui demanderont parfois réflexion et suffisamment bien placées pour laisser respirer le joueur. Les énigmes ont la part belle, et ont le mérite d’être variées. La célèbre caméra en plan fixe utilisée par le studio de Santa Monica a été reprise, avec ses qualités de mise en scène et ses habituelles manies de ne pas vouloir nous montrer cette entrée de caverne ou ce rebord de précipice. La maniabilité est elle aussi sans surprise, et le seul reproche qui pourra être fait sera d’avoir voulu mettre l’esquive et la parade sur le même bouton ce qui a pour effet de ne pas toujours obtenir à l’écran le mouvement souhaité.

Graphiquement, LoS n’est pas beau comme une démonstration technique, mais beau comme la plupart des jeux devraient l’être. Ses décors riches et variés sont à plusieurs reprises sujets de contemplation telle des peintures. On peut admirer une chaîne montagne au loin que l’on croirait faite à l’aquarelle, une forêt automnale luxuriante mais d’un vide inquiétant, des espaces rocheux et arides, ou l’architecture gothique des refuges et demeures des vampires. Chaque région visitée aura un bestiaire propre, mais navrant de banalité, et les boss seront nombreux. Cette ambiance onirique est de plus agrémentée de musiques symphoniques (orchestre de Bratislava inside) toutes plus épiques les unes que les autres.

Mais alors, ce Castlevania est bien le messie que tous les fans attendaient depuis plus de 10 ans ? Le premier Castlevania 3D beau, prenant avec un vrai budget et un vrai scénar ? Ne t’emballe pas, lecteur idéaliste et passionné ! Car c’est dans les détails qu’un Castlevania se démarque de tout autre jeu d’action aventure !
Tout d’abord le bestiaire nous donne plus l’impression d’être sorti de l’univers de Tolkien que de celui de Konami. Il faudra attendre la moitié du jeu, soit sept heures, avant de croiser son premier squelette. Sic ! Et seules quelques autres créatures dans le dernier quart de l’aventure nous semblerons familières. Passons à l’ambiance musicale. Le symphonique c’est bien … pour s’endormir. Alors ok, ça donne un côté épique à l’aventure, mais on incarne un tueur de vampire, pas un hobbit en road-trip dans le Mordor ! Et pour boucler le tout, on se retrouve face à un scénario, disons déroutant. Ce qui peut avoir ses bon côtés, mais l’on passe ici à côté de toute la mythologie de Castlevania. On y a pourtant un ordre religieux, un héros qui veut ressusciter sa bien aimée et un château de vampire … au milieu de l’histoire. Car oui, LoS ne se finira pas dans un château de Transylvanie mais dans une toute autre contrée. On se retrouve avec une pirouette scénaristique fortement discutable juste avant un boss de fin décevant. Et je ne vous parle même pas de scène de conclusion !
Konami a donc choisi de dénaturer sa série sur l’autel de l’occidentalisation, comme de plus en plus d’éditeur japonais manquant de confiance dans la créativité de leur talent japonais. On remerciera Ideo Kojima d’avoir mis son sceau sur le titre sans pour autant venir y mettre son grain de sel. Cette démarche a permis à Mercury Stream de bénéficier d’un budget jamais vu pour un Castlevania sans que l’on se retrouve avec des cinématiques à rallonges, des moments de bravoure bien guimauve et des relations entre personnages ridicule comme seul Kojima sait nous en servir (oui je râle, oui c’est gratuit, mais c’est moi qui écris :P). Doit-on maudire Konami pour ce geste ? Pas forcément. Lords of Shadow reste un grand jeu qui devrait bien se vendre. Si ce pari risqué pour une série qui reste confidentielle lui permet de se faire connaître du grand public, on peut espérer se retrouver dans un prochain épisode avec un vrai Castlevania et une réalisation équivalente.

Alors faut-il acheter ce Castlevania ? LoS reste un très bon jeu d’action avec une réalisation solide et une excellente durée de vie. Mais il reste un mauvais Castlevania ! Pour le nouveau sang, la réponse est donc oui. Pour les fidèles de la série, à vous de voir si vous pouvez passer outre les défauts cités précédemment … même si on sait très bien que vous êtes les premiers acheteurs.

8/10

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