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Le comble de l’année 2011 : Skyrim

12/12/2011

Depuis sa sortie sur tous les supports simultanément, Skyrim fait consensus dans le monde du jeu pour ses qualités d’environnement, de mise en scène, et d’immersion. Parallèlement, il subit les foudres de nombreux joueurs pour ses bugs : perte de sauvegarde, freeze de console, ralentissement qui s’intensifie au fil de la progression dans l’aventure, perte d’inventaire, … Mais aussi fait régulièrement l’actualité pour les sorties successives de patchs qui n’arrangent pas forcément les choses, et on pense particulièrement au lag qui pourrait ne pas être résolu sur PS3. Bref, Bethesda est embourbé dans des problèmes techniques lourds sur un produit déjà sorti. Malgré cela, Spike TV a décidé de le déclarer jeu de l’année 2011. Cette nomination met en lumière une situation dramatiques pour le jeu vidéo.

Un problème généralisé
D’une part, on arrive à l’aboutissement d’une approche entièrement business qui est devenue la tendance de ces dernières années : la sortie d’un jeu est définie en fonction d’une date de sortie stratégique et ce quelque en soit le prix. Au début des années 2000, lorsqu’un journaliste demandait la date de sortie lors d’un jeu, on lui répondait souvent que le jeu devait d’abord être fini, le fameux « When it’s done ! ». On se souvient par exemple des dates incessamment repoussées de Zelda : Ocarina of Time, qui finira par sortir 2 ans après la période initialement prévue.
Puis le monde vidéoludique arrivant à (ce que certains se complaisent à appeler) « maturité », les éditeurs ont commencé à aménager leur calendrier. Une pratique qui permettait d’étaler les sorties de jeux pour optimiser l’occupation médiatique, chose qui a pu ces derniers temps aboutir à des aberrations comme Gears of War 3 sorti un an après la fin de son développement. Point bénéfique dans ce cas, le temps laissé à l’équipe a permis de sortir une béta du multi pour mieux l’optimiser. Mais Gears 3 est l’exception, car maintenant, chaque trailer de type E3 est accompagné d’une date au jour prêt, même quand le jeu est encore en développement pour plusieurs mois !
Deux situations peuvent se produire : soit le jeu est fini à l’avance ce qui laisse une marge aux développeurs pour débugger leur produit, soit il faut rusher pour boucler le produit à temps. Et il suffit de lire l’actualité pour se rendre compte que la seconde voie est clairement la plus empruntée : Uncharted 3, Call of Duty Modern Warfare 3, même Zelda souffre d’un bug bloquant ! Nintendo étant pourtant réputé pour être un des éditeurs sortant les produits les plus irréprochables sur ce sujet.
Lors du Paris Games Week, soit à seulement deux semaines de la sortie, on prenait en main un Skyrim qui montrait de gros signes de faiblesse en à peine dix minutes : impossible de remonter à cheval sans aucune raison, personnage qui reste bloqué dans un sol rocheux avec seulement le buste qui dépasse, …

La sacro-sainte solution
Heureusement Internet le sauveur est là pour vous abreuver de patchs et autres correctifs qui « améliorent l’expérience » et sortent parfois en day one ! Ce qui signifie que l’éditeur est pleinement conscient au moment du pressage du disque que celui-ci est buggé. Une honte !
Mais, ce n’est pas le jeu qui est mal fini, c’est le développeur qui dans un grand élan de bonté investit pour vous. The Elder Scroll V : Skyrim fait donc parti de ces trop nombreux jeux sortis pas fini.

A qui la faute ?
Un peu tout le monde en fait. Si on reprend la chaine, bien sur on retombe sur les développeurs qui réalisent le jeu mais subissent les pressions de l’éditeur qui les soutient financièrement. Des développeurs qui n’ont apparemment pas ce qu’il faut pour imposer leur point de vue. Mais aussi les critiques, bloggeurs et journalistes, qui n’appuient pas assez sur ces points. Et enfin les joueurs, qui voient très bien passer les tests, news, mais achètent quand même des produits qui manquent clairement de finition.

Les conséquences de ces récompenses
Si l’on met de côté le caractère discutable de la cérémonie des VGA, on se retrouve dans une situation où on fait la promotion d’un jeu blindé de bugs empêchant au joueur de parcourir sereinement l’aventure, voire de la finir. Rappelons qu’un jeu, c’est une aventure interactive qui s’appuie sur 2 principes : une histoire, une œuvre artistique qui plonge le joueur dans un univers, le tout s’appuyant sur une mécanique de jeu qui lui permet d’interagir avec cet univers. On a donc bien deux composantes d’importance équivalente qui forment depuis la nuit des bits le jeu vidéo.
Hors, on nous prouve ici que l’une de ces composantes serait infiniment négligeable au profit de l’autre. Oui Skyrim est un monde fabuleux, c’est donc le meilleur jeu de l’année. Les problèmes techniques sont passés sous silence, tout le monde applaudit, tombé de rideau.

Le message passé aux éditeurs et développeurs est clair : en 2011, sortir un produit défectueux n’est pas un problème pour obtenir les faveurs des média et ainsi s’offrir la meilleure des expositions possible.

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9 Comments

  1. […] Le jeu de l’année : Skyrim […]

  2. arno dit :

    Bien d’accord avec ton analyse . Mais où sont les jeux riches, long avec un contenu superbement ficelé, nouveau et surtout fini ? Je n’en vois quasiment plus. Et comme tu le dis même les mastodontes qui d’habitude sont irréprochables tel que NINTENDO rentre dans ce vice . MARIO KART 7 et même ZELDA sortent alors qu’ils ne sont pas terminées. Quelle honte ! Le pire c’est que je ne pense pas que cela va s’arranger dans le futur. L’avenir du jeu est compromis et j’ai peur que rien ne change .

    • DrLuthor dit :

      Pour MK7 il m’a l’air bien fini. Pour ce qui est des jeux long, riche, toussa, je vois 3 solutions :
      – remettre en question le système de sauvegarde et de récupération de vie actuel. Les anciens jeux étaient longs parce que tu pouvais y mourir, ce qui signifiait recommencer un niveau à plus de deux mètres de l’endroit où tu es mort
      – rehausser le niveau de difficulté global
      – plonger dans le rétrogaming 😉

  3. LeReilly dit :

    OUI MAIS.

    De nos jours les jeux sont des constructions énormes, il y a beaucoup plus de potentialités de bugs, par une simple logique d’échelle, par rapport aux jeux last gen et last last gent.

    Ensuite le bug Zelda est quelque chose qui se déclenche dans le cas rarissime où le joueur fait un truc pas logique ET pas dans l’ordre indiqué par le jeu. Ce qui est difficilement débusquable en playtest.

    Après oui, Skyrim lol. Voilà. 🙂

    • DrLuthor dit :

      On est d’accord, les productions sont devenues énormes et c’est dangereux comme dans ce cas. C’est pour ça qu’il existe des boîtes qui se sont spécialisées dans les moteurs graphiques, physiques,… Et les tailles d’équipe et les budgets n’ont plus rien à voir non plus. Avant on te faisais un jeu en 6 mois un an avec 10, 20, 30 personnes à tout casser. Maintenant on est sur du 50 minium qui tire jusqu’à 200 sur des produits parfois bien plus scriptés.

      Et pour le Zelda, discute un peu avec n’importe quel testeurs, JV ou non, et tu te rendras compte que faire l’opposé de ce que le logiciel demande, c’est le b.a.-ba

  4. Le Yéti dit :

    L’argument du retrogaming est invalide et tu le sais très bien ^^
    Je suis globalement d’accord avec toi. Mais surtout, il faut que les joueurs grandissent et se rendent compte que la qualité a un prix ; ils ne veulent pas des jeux à 70€ mais ils faut qu’ils soient longs, débuggés, localisés, etc. Il va falloir faire des concessions à un moment ou à un autre.

    • DrLuthor dit :

      Ouai je sais 🙂
      Pour le prix, tu as 100% raison ! Et ça marche dans les 2 sens : le dernier NFS aurait dû être bien moins cher, et je suis prêt à mettre plus de 70€ pour un Skyrim beau et sans bug

  5. aoesan dit :

    Mouais enfin les quelques bugs de Skyrim (qui ne sont pas vraiment bloquant) ne sont qu’une goutte d’eau par rapport au travail abattu par Bethesda, par rapport au contenu proposé par le jeu, et aussi par rapport à la concurrence… D’où la tolérance de la critique (car il n’y a eu aucun « passage sous silence », il y a eu pas mal de news sur les bugs du jeu).
    Pour mon expérience, sur 50 heures de jeu, juste une amulette qui ne se retire pas de mon inventaire…

    Et ils ont été plutôt rapides pour déployer les patchs sur les bugs plus problématiques (genre l’absence des textures à l’install).

    C’est pas nouveau de cette gen les bugs sur les jeux sortis. Sauf qu’avant il n’y avait pas de tollé sur internet pour un patch, les joueurs faisaient avec (sauf sur PC of course).

    A un moment il faut arrêter d’être de mauvaise foi et de râler pour râler.

    • DrLuthor dit :

      Tu as peut être eu la chance de ne pas avoir de bugs bloquant, visiblement ce n’est pas le cas de tous le mode. Tant mieux pour toi.
      C’est pas nouveau mais là on commence à atteindre des situations intolérables.
      Aucune mauvaise foi là dedans, j’exprime ma crainte sur le futur du jeu vidéo suite à ce genre d’attitude de la part des média. Il n’y a que dans le JV qu’on laisse dans le commerce des produits aussi mal fini. Et avec ce genre de comportement ce n’est pas prêt de s’arrêter :/

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